Être présent à ce qui est, est la seule spiritualité.

LE PARCOURS

Naufragés volontaires sur l’îlot du néant,
Apprivoisant sans fin notre cher Vendredi,
Nous voyons le désir se fondre en l’océan,
Le radeau du labeur devenir notre vie.

La saison de l'amour qui s'approche à grands pas
Décore peu à peu notre univers changeant.
Les fleurs sont en bouquet et ne résistent pas
À diffuser déjà des parfums enivrants.

À ne pas accepter de se voir autrement,
L’enfermement survient jusqu’à la délivrance,
Où se mélangent alors d’autres lieux, d’autres temps,
Le cristal acceptant sa pure transparence.

Partis à l'aventure d'un autre que nous-mêmes,
Habillés de la peau de multiples acteurs,
Jusqu'à nous rendre fous d'aimer les rôles même,
Nous baissons le rideau en réalisateur.

Le premier cri d'amour de l’âme est un peut-être,
Innocente beauté dans l'accomplissement,
De ce besoin de naître à celui d'apparaître,
L’Infini incarné se révèle au présent.

Croyant la voir ici, elle apparaît par là !
L’unité est ténue dans l'antre des recherches.
Dualité des pensées elle disparaît déjà,
Alors qu’en unité, elle est tout ce qu’on cherche.

Un éclair, une grâce et l’infinie douceur
Que l’on porte à soi-même au travers du regard,
Et c’est la vie qui change, adorable langueur,
Où tout est unité, où plus rien ne s’égare.

Dans la douceur ténue d'un voile du passage,
Quand l'abandon fragile nous drape d'aventures,
Nous découvrons le but qui s'enfuit davantage,
Dans une éternité de rêve qui perdure.

Mais la rivière des vies charrie bien des visions,
Auxquelles nous portons un regard appuyé,
Nous cramponnant parfois jusqu'à la dérision,
Nous plaisant à y croire, aimant nous y noyer.

Dans nos yeux innocents, au creux de notre cœur,
Le Père est là, présent, qui nous sourit, aimant.
Le regard, quant à lui, sait déjà tout par cœur,
Il vit dans l'absolu, l'ici et maintenant.

Et quand la mort exquise, instant de dualité,
Annonce le palier qu’il nous faut dépasser,
Nous grandissons alors dans la continuité,
De l'infinie Présence au Non-Manifesté.

Progressant en conscience, nous bâtissons des mondes
Faits de lumière et d'or, de sons et de couleurs,
Où l'amour est la loi sur une terre féconde,
Où l'ombre d'un jardin devient notre bonheur.

Le désert, qui nous tient éloignés de la vie,
Offre des oasis aux reflets de bonheur,
Donne un cadre, un refuge, au désir assouvi,
Avant de s'estomper en mirage menteur.

À errer trop longtemps dans son propre désert,
À chercher sur la plage, la palmeraie d'un rêve,
On s'écroule épuisé, noyé dans la bruyère,
Acceptant le reflux, le guettant sur la grève.

Rejoindre le silence au plus présent de soi,
C'est donner une chance au bruit de s'adoucir,
C'est écouter chanter la vie que l'on reçoit,
C'est voir dans notre amour la lumière s'éclaircir.

Permission éternelle, de la vie s'écoulant
À travers les moyens que la Source concède,
Tout se meut et prend forme, adapté à l'instant,
Des notes de la lyre, aux rimes de l’aède.

Clairement en présence, en plein cœur de l'oubli,
La puissance s’affirme en un simple regard,
Dans un lieu inconnu où siège l'infini,
Être soi de partout sans être nulle part.

La confiance en l'Amour ne guidera les pas,
De celui qui voudra faire la paix avec lui,
Que lorsqu’enfin l’ego, partageant le repas,
Choisira de s'unir à l'Amour pour la vie.

Quand le je sera nous, au-delà des frontières,
Nous vivrons dans le Un nous adressant à l'autre,
Nous grandirons alors, d'amour la vie entière,
En créant l'univers dans la foi de l'apôtre.

Théo Fleury
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